Assassin’s Creed, c’est un peu comme voyager dans le temps avec une lame cachée au poignet. Chaque opus nous plonge dans une époque précise, au cur d’événements historiques majeurs, le tout saupoudré d’une dose de science-fiction. Mais derrière les capuches et les sauts de la foi, que reste-t-il de vrai ? Existe-t-il une base historique solide à cette immense fresque vidéoludique ? C’est une question que beaucoup se posent. Entre les Assassins inspirés d’une secte médiévale réelle, des Templiers ancrés dans l’histoire de l’Europe et des personnages historiques qui croisent notre chemin dans chaque épisode, la série se veut plus qu’un simple divertissement : un miroir (déformé) du passé. Ce voyage ne se limite pas à l’écran ; il titille la curiosité, pousse à la recherche, et surtout à la compréhension d’un monde disparu. Dans cet article, nous allons déconstruire les mythes, identifier les vérités historiques et comprendre l’intention des développeurs d’Ubisoft : nous immerger dans une époque, tout en nous racontant une toute autre histoire
Les Assassins : fiction ou réalité historique ?
L’origine des Assassins dans la saga Assassin’s Creed ne sort pas de nulle part. Ubisoft s’est inspiré d’un ordre bien réel : les Nizârites, un groupe chiite ismaélien apparu au XIe siècle au Moyen-Orient. Dirigés par Hassan-i Sabbah, ils sont connus pour leurs tactiques d’infiltration et d’assassinats ciblés. Leur fief, la forteresse d’Alamut, se situait en Perse, et leur nom viendrait du mot « hashashin », terme péjoratif employé par leurs ennemis, qui signifie grosso modo « ceux qui consomment du hashish ». Dans le tout premier jeu, sorti en 2007, le personnage principal Altaïr Ibn-La’Ahad est directement lié à cette mythologie. Même si le lien est quelque peu romancé, la base est solide. Assassin’s Creed a simplement transformé cet ordre historique en une organisation millénaire luttant contre un autre ordre : les Templiers, eux aussi bien réels.
Ce jeu de dualité entre liberté et contrôle, chaos et ordre, est le cur même du conflit qui traverse toute la franchise. Mais là où la réalité s’arrête, la fiction prend le relais : l’idée que cet ordre ait survécu secrètement pendant des siècles, jusqu’à notre époque, est purement scénaristique. Et pourtant, même dans cette fiction, l’impact historique est palpable. Chaque jeu s’efforce de présenter les Assassins dans le contexte de l’époque, intégrant des éléments authentiques tels que les croisades, l’Empire ottoman ou la Révolution française. Et à travers ces périodes, on retrouve souvent une volonté d’expliquer le monde sous un autre angle, comme si la lame cachée dans le bras des Assassins servait aussi à déchirer le voile de l’histoire officielle. D’ailleurs, si vous souhaitez prolonger l’expérience à travers des objets de collection, découvrez cette figurine assassin’s creed fidèle à l’univers du jeu.
Les Templiers : plus qu’un simple antagoniste ?
Dans l’univers d’Assassin’s Creed, les Templiers sont les grands ennemis des Assassins. Mais historiquement, qui étaient vraiment les Templiers ? Créés en 1119 à Jérusalem, les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon étaient un ordre religieux et militaire. Leur mission initiale était de protéger les pèlerins en Terre sainte. Ce qui est fascinant, c’est que l’histoire réelle des Templiers est presque aussi mystérieuse que celle des jeux. Très vite, ils deviennent puissants, accumulent terres, richesses et influence politique. Jusqu’à ce que le roi de France, Philippe le Bel, les fasse arrêter en 1307, les accusant d’hérésie et d’idolâtrie. Un procès orchestré pour s’approprier leurs biens.
Dans Assassin’s Creed, Ubisoft reprend cette trame et en fait les artisans de l’ordre mondial, un réseau tentaculaire tirant les ficelles du pouvoir. Le jeu les présente comme des figures d’autorité : papes, rois, industriels, chefs d’entreprise Leur objectif ? Le contrôle total au nom de la paix. Une philosophie opposée à celle des Assassins, qui prônent le libre arbitre. Là encore, le jeu s’appuie sur des bases historiques pour construire un mythe crédible. Et c’est cette proximité avec la réalité qui trouble souvent les joueurs : où finit la vérité, où commence la fiction ?
Des personnages historiques bien réels
Ce qui marque les esprits dans Assassin’s Creed, c’est la présence de figures historiques authentiques, que le joueur peut croiser, aider ou affronter. Chaque épisode offre un casting impressionnant :
Des figures majeures croisées dans les jeux
Léonard de Vinci (Assassin’s Creed II)
Napoléon Bonaparte (Assassin’s Creed Unity)
Cléopâtre et Jules César (Assassin’s Creed Origins)
George Washington (Assassin’s Creed III)
Charles Dickens (Assassin’s Creed Syndicate)
Une interaction avec l’Histoire
Ce qui distingue Assassin’s Creed d’autres jeux historiques, c’est cette intégration active. Le joueur ne regarde pas l’Histoire défiler, il y participe. En interagissant avec ces personnages historiques, on apprend à mieux comprendre leur rôle dans leur époque. Certes, les dialogues sont fictifs, mais les contextes, les lieux et les dates sont souvent d’une rigueur remarquable. Et Ubisoft ne s’arrête pas là. Dans certains opus récents, comme Origins ou Odyssey, un mode “Discovery Tour” permet de visiter les lieux en mode éducatif, avec des commentaires d’historiens. Un peu comme si Assassin’s Creed devenait un musée interactif.
Des lieux et événements fidèles à l’Histoire
Les décors sont parfois les véritables héros du jeu. Jérusalem, Venise, Paris, Londres, Alexandrie Chaque ville est modélisée avec un soin extrême. On peut visiter Notre-Dame de Paris, escalader les Pyramides ou se promener sur les canaux vénitiens avec un réalisme bluffant.
Rome de la Renaissance
Paris révolutionnaire
Florence des Médicis
Londres industriel
Alexandrie antique
Ubisoft travaille avec des historiens, architectes, urbanistes pour garantir une reconstitution fidèle. Bien sûr, quelques libertés sont prises pour le gameplay. Mais globalement, l’ambiance historique est respectée. Et cela participe à ce sentiment d’immersion totale, cette impression de marcher dans les pas des morts.
La science-fiction, moteur de la narration moderne
Et puis, il y a l’Animus. Cette machine fictive, capable de lire la mémoire génétique pour revivre la vie d’un ancêtre, ancre Assassin’s Creed dans une autre dimension : la science-fiction. Ce fil rouge permet de lier toutes les époques, tous les personnages, à travers une grande fresque millénaire. Desmond Miles, Layla Hassan, la Première Civilisation Tous ces éléments donnent un sens plus profond à l’intrigue. Ils ajoutent une couche de mystère, un niveau de lecture parallèle, qui fascine ou déroute. Mais là encore, l’idée repose sur un concept réel : l’épigénétique, ou comment des expériences peuvent laisser des traces dans l’ADN. Ubisoft a simplement extrapolé ce principe pour en faire une passerelle narrative puissante.
L’héritage d’Assassin’s Creed et son impact culturel
Depuis 2007, Assassin’s Creed a façonné une véritable culture autour de son univers. Il ne s’agit plus seulement de jeux vidéo. La licence s’est étendue à des romans, des bandes dessinées, des films, et une communauté internationale de fans passionnés. Ce phénomène dépasse le simple divertissement pour devenir une sorte de miroir ludique de l’Histoire humaine. L’une des forces du jeu est sa capacité à réconcilier les joueurs avec l’Histoire. Beaucoup de jeunes ont découvert la Révolution française ou l’Égypte antique grâce à Assassin’s Creed. Ubisoft a réussi à vulgariser des concepts complexes tout en offrant un monde immersif. Bien sûr, certaines approximations existent, mais elles n’enlèvent rien à l’effort global de contextualisation.
Par ailleurs, les choix artistiques bande sonore, architecture, vêtements, dialectes sont pensés pour renforcer cette immersion. La reconstitution du Paris de 1789 ou de la Rome de la Renaissance n’est pas un simple décor : c’est un personnage à part entière. Assassin’s Creed a aussi modifié notre perception des figures historiques. En faisant de Léonard de Vinci un allié drôle et inventif, en humanisant les Templiers ou en rendant César stratège impitoyable, le jeu propose une relecture créative qui nourrit l’imaginaire collectif.
Mais cet impact ne se limite pas à l’aspect éducatif. La franchise a profondément influencé l’industrie du jeu vidéo. Sa mécanique de monde ouvert, d’infiltration, et de narration éclatée dans le temps a été reprise par de nombreuses autres licences. Assassin’s Creed a établi des standards techniques et narratifs que d’autres jeux ont suivis. Enfin, son influence s’observe aussi dans les débats qu’il suscite : sur la fidélité historique, l’usage du passé à des fins ludiques, ou encore la manière dont il représente certaines civilisations. Ces discussions montrent que la saga a su toucher une corde sensible dans notre rapport à l’Histoire.
Où s’arrête la vérité, où commence le mythe ?
C’est ici que réside toute la force et la subtilité d’Assassin’s Creed : dans sa capacité à flouter les frontières entre réalité historique et fiction vidéoludique. En intégrant des lieux et des personnages authentiques, tout en brodant autour d’une guerre secrète millénaire, la série trouble nos repères. Mais ce trouble n’est pas un défaut : il est volontaire. Ubisoft ne prétend pas faire un documentaire, mais un jeu basé sur des faits. Dans chaque introduction, on peut lire cette phrase : « Inspiré de faits réels, développé par une équipe multiculturelle ». Tout est dit.
Il faut voir Assassin’s Creed comme une uvre de fiction documentée, un peu comme un roman historique. Elle s’appuie sur des recherches solides, mais ne se prive pas d’ajouter du spectacle, du drame, des rebondissements. Le joueur n’est pas un spectateur passif : il devient acteur de cette réécriture du passé. Et ce mythe moderne fonctionne. Car il répond à un besoin profond : comprendre notre passé autrement. En rendant l’Histoire vivante, tangible, interactive, Assassin’s Creed contribue à sa manière à réenchanter le monde, à lui redonner du sens.
Ce qu’il faut retenir de cette plongée historique
La saga Assassin’s Creed est une invitation à regarder l’Histoire avec d’autres yeux. Sans être un manuel scolaire, elle offre un regard curieux, souvent documenté, et toujours captivant. Derrière les capuches, les lames et les conspirations, se cache une ambition : celle de faire aimer le passé en le faisant vivre.
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